Sainte Marie-Reine : la Vierge, notre Mère et Mère du Roi des rois

Marie était une jeune femme simple de Nazareth, loin des grands centres de pouvoir de son époque. Pourtant, Dieu l’a choisie pour lui confier une mission extraordinaire : devenir la Mère de son Fils, Sainte Marie-Reine.

L'Évangile selon saint Luc nous conduit précisément à ce moment-là. L'ange Gabriel se présente devant Marie et lui annonce qu'elle concevra Jésus, qui « sera appelé Fils du Très-Haut » et dont le Royaume n'aura pas de fin. Marie, sans encore comprendre pleinement ce qui va se passer, répond en plaçant toute sa confiance en Dieu : « Voici la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon votre parole. ».

Cette jeune femme qui se présente comme une esclave est celle-là même que l’Église contemple et vénère comme Reine de l'Univers, du Ciel et, bien sûr, du Monde.

Pourquoi la Vierge Marie est-elle reine ?

La réponse est intimement liée à Jésus-Christ. Marie est Reine parce qu’elle est la Mère de Jésus, Roi de l'Univers.

La fête de Sainte Marie-Reine a été instituée par le pape Pie XII en 1954 afin de vénérer la Vierge en tant que Reine, à l'instar de la manière dont l'Église reconnaît son Fils comme le Christ-Roi.

La maternité divine de Marie est donc à l’origine de cette dignité. Comme l’expliquait saint Josémaria, c’est également d’elle que proviennent les grâces et les privilèges dont Dieu a voulu la combler : elle a été conçue sans péché, elle est pleine de grâce, elle a été élevée au Ciel, corps et âme, et couronnée Reine de toute la création.

Mais pour comprendre ce que signifie réellement « appeler » La Vierge Marie est reine, nous devons nous éloigner de notre conception habituelle de la royauté.

Une reine au service des autres

Lorsque nous pensons à un roi ou à une reine, nous pouvons imaginer le pouvoir, la richesse ou les privilèges. La royauté du Christ et de Marie obéit à une logique tout à fait différente.

La source rappelle un enseignement de Benoît XVI: la royauté de Jésus est imprégnée d'humilité, de service et d'amour. Être roi, dans une perspective chrétienne, signifie avant tout servir, aider et aimer. Et c'est cette même logique que l'on retrouve chez Marie.

Son pouvoir n'est pas tourné vers elle-même. Marie le met au service de ses enfants. C'est pourquoi les chrétiens peuvent se tourner vers elle non seulement en tant que Reine, mais aussi en tant que Mère. Deux titres qui, loin de se contredire, expliquent la relation singulière que la Vierge entretient avec chaque chrétien.

Saint Josémaria nous invitait à vivre cela avec une profonde confiance filiale : « Soyez rassurés : nous avons pour Mère la Mère de Dieu, la Très Sainte Vierge Marie, Reine du Ciel et du Monde » (Forge, 273).

Coronación de Santa María Reina, Velazquez
Le couronnement de Sainte Marie-Reine, de Velázquez.

Marie, Reine qui intercède en faveur de ses enfants

Reconnaître Marie comme Reine conduit également à se confier à son intercession. L'Évangile montre comment la Vierge nous conduit toujours vers son Fils.

Saint Josémaria rappelait l'épisode des noces de Cana : face au besoin de ces jeunes mariés, Marie intervient et le Christ accomplit le miracle. En conséquence, les disciples croient en Lui.

Marie ne prend pas la place du Christ : nous rapproche de Lui. Cette certitude nous permet de nous tourner vers elle dans les moments difficiles, lorsque la foi faiblit ou même lorsque les mots nous manquent pour prier. Saint Josémaria conseillait de l’invoquer avec simplicité et confiance, en demandant son intercession pour ressentir à nouveau la proximité de Dieu.

« Ayez confiance : nous avons pour Mère la Mère de Dieu, la Très Sainte Vierge Marie, Reine du Ciel et du Monde » (Forge, 273).

Sainte Marie, Reine de la paix

Parmi les titres sous lesquels l'Église invoque la Vierge, il en est un qui revêt une importance particulière : Reine de la paix, Regina pacis.

Saint Josémaria recommandait de se tourner vers elle lorsque l'inquiétude s'empare de votre cœur, mais aussi face aux difficultés familiales, professionnelles ou sociales.

La dévotion à Sainte Marie-Reine prend ainsi une dimension très concrète. Il ne s'agit pas seulement de contempler Marie couronnée au Ciel, mais de la reconnaître comme une Mère vers laquelle nous pouvons nous tourner dans les circonstances ordinaires de notre vie.

L'humilité de Marie : « Qu'il me soit fait selon ta parole »

Il est particulièrement beau que l'Évangile choisi pour la fête de Sainte Marie Reine soit celui de l'Annonciation. Nous ne voyons pas Marie assise sur un trône. Nous la voyons à Nazareth, à l'écoute de Dieu.

Celle qui sera couronnée reine répond en se désignant elle-même « servante du Seigneur ». Et c'est précisément là que réside l'une des clés permettant de comprendre sa grandeur.

Marie s'ouvre à Dieu, lui fait confiance et accepte ses desseins même lorsqu'elle ne peut pas les comprendre pleinement. Sa réponse – « qu'il me soit fait selon ta parole » – témoigne d'une confiance totale qui peut servir d'exemple à tout chrétien.

Sa vie nous rappelle que Dieu peut se manifester dans la simplicité et l'humilité du quotidien.

Une fête pour rendre hommage à notre Mère

Rendre hommage à Sainte Marie-Reine, le 22 août Il s'agit donc de bien plus que de simplement évoquer l'un des titres de la Vierge.

C'est contempler Marie comme Mère du Christ et notre Mère ; comme Reine qui sert, qui aime et qui intercède ; et comme exemple d'une vie entièrement ouverte à la volonté de Dieu.

Saint Josémaria nous invitait à prendre part à cette fête avec la confiance d’un fils : « Il est juste que le Père, le Fils et le Saint-Esprit couronnent la Vierge comme Reine et Dame de toute la création. — Profitez de ce pouvoir ! Et, avec une audace filiale, joignez-vous à cette fête céleste. — Moi, je couronne la Mère de Dieu et ma Mère avec mes misères purifiées, car je n’ai ni pierres précieuses ni vertus. — Courage ! » (Forge, 285).

Ce 22 août, nous pouvons faire nôtre cette invitation et nous tourner vers Marie en toute confiance, en lui confiant nos besoins, nos joies, mais aussi nos difficultés. Car la Reine du Ciel est, avant tout, notre Mère.

Jean-Paul II à propos de Marie lors d'une audience générale

« La dévotion populaire invoque Marie en tant que Reine. Le Concile Vatican II, après avoir rappelé l’Assomption de la Vierge “ corps et âme dans la gloire du ciel ", explique qu’elle a été “ élevée par le Seigneur comme Reine de l’univers, afin d’être plus pleinement conformée à son Fils, Seigneur des seigneurs (cf. Ap " 19, 16) et vainqueur du péché et de la mort » (Lumen gentium , 59) ».

Ainsi, les chrétiens se tournent avec confiance vers Marie, la Reine, et cela non seulement ne diminue en rien, mais au contraire exalte leur abandon filial envers celle qui est Mère dans l'ordre de la grâce.

« De plus, l’intercession de Sainte Marie Reine en faveur des hommes peut être pleinement efficace précisément en raison de l’état glorieux qui suit l’Assomption. C’est ce que souligne très bien saint Germain de Constantinople, qui estime que cet état garantit la relation intime de Marie avec son Fils et rend possible son intercession en notre faveur.

S’adressant à Marie, il ajoute : “ Le Christ a voulu " avoir, pour ainsi dire, la proximité de vos lèvres et de votre cœur ; ainsi, il exauce tous les souhaits que vous lui exprimez lorsque vous souffrez pour vos enfants, et il accomplit, par sa puissance divine, tout ce que vous lui demandez » ( Homélie » 1) ».

« On peut en conclure que l’Assomption favorise non seulement la pleine communion de Marie avec le Christ, mais aussi avec chacun d’entre nous : elle est à nos côtés, car son état glorieux lui permet de nous accompagner dans notre cheminement quotidien sur terre. On lit également chez saint Germain : “ Vous demeurez spirituellement parmi nous, et l’ampleur de votre sollicitude à notre égard manifeste votre communion de vie avec nous " ( Homélie 1).

» Loin de créer une distance entre nous et la Vierge, l’état glorieux de Marie suscite une proximité constante et attentionnée. Elle connaît tout ce qui se passe dans notre existence et nous soutient avec un amour maternel dans les épreuves de la vie. ». Jean-Paul II, discours prononcé lors de l'audience générale du 23 juillet 1997.

Extrait du « Santo Rosario » de saint Josémaria

« Vous êtes toute belle, et il n’y a en vous aucune tache. — Vous êtes un jardin clos, ma sœur, Épouse, un jardin clos, une source scellée. — Veni : coronaberis. —Venez : vous serez couronnée (Ct 4, 7, 12 et 8).

Si vous et moi avions eu le pouvoir, nous l’aurions également faite Reine et Dame de toute la création.

Un grand signe apparut dans le ciel : une femme coiffée d'une couronne de douze étoiles. — Vêtue du soleil. — La lune à ses pieds ( Ap 12, 1). Marie, Vierge sans tache, a réparé la chute d’Ève : et, de son pied immaculé, elle a foulé la tête du dragon infernal. Fille de Dieu, Mère de Dieu, Épouse de Dieu.

Le Père, le Fils et le Saint-Esprit la couronnent en tant qu’Impératrice de l’Univers.

» Et les anges lui rendent hommage en vassaux… ainsi que les patriarches, les prophètes et les apôtres… ainsi que les martyrs, les confesseurs, les vierges et tous les saints… ainsi que tous les pécheurs, vous et moi » (Saint Josémaria. Le Saint Rosaire, 5e mystère glorieux).


Bibliographie :


La formation liturgique : apprendre à vivre la messe comme une rencontre avec le Christ

De nombreux catholiques assistent à la messe chaque dimanche, mais rares sont ceux qui se sont déjà demandé ce que signifiait réellement chaque geste, chaque silence ou chaque mot. Les comprendre n’est pas un luxe réservé aux prêtres ou aux spécialistes ayant suivi une formation liturgique.

Le site Le but de la liturgie catholique, dont le centre est la célébration des sacrements et en particulier de l'Eucharistie, est la communion des chrétiens avec le corps et le sang du Christ.. C'est la rencontre de chaque individu et de la communauté chrétienne comme un seul corps et une seule famille avec le Seigneur.

Rencontrer le Christ dans la liturgie

La liturgie, souligne le Pape, garantit la possibilité d’une rencontre avec Jésus-Christ dans le “ aujourd’hui ” de notre vie, afin de transformer toutes nos activités – le travail, les relations familiales, les efforts pour améliorer la société et venir en aide à ceux qui en ont besoin – en lumière et en force divines.

C’est ce que le Christ a voulu lors de sa Dernière Cène. Tel est le sens de ses paroles : « Faites ceci en mémoire de moi ». Depuis lors, il nous attend à la Eucharistie. Y la mission évangélisatrice de l'Église n'est rien d'autre que l'appel à la rencontre que Dieu désire avec tous les peuples du monde., une rencontre qui commence dès le baptême.

A plusieurs reprises, il expose progressivement les objectifs de ce document : "Par cette lettre, je voudrais simplement inviter toute l'Eglise à redécouvrir, garder et vivre la vérité et la puissance de la célébration chrétienne". (n° 16) ; « redécouvrir chaque jour la beauté de la vérité de la célébration chrétienne » (avant n. 20);

«… raviver l’émerveillement devant la beauté de la vérité de la célébration chrétienne ; rappelant la nécessité d'une formation liturgique authentique et reconnaissant l'importance d'un art de la célébration d'être au service de la vérité du mystère pascal et de la participation de tous les baptisés, chacun selon la spécificité de sa vocation". (n. 62). Lettre apostolique Desiderio desideravi (29 juin 2022), du pape François.

Ignorance de la liturgie

L'un des plus grands risques pour la vie chrétienne est de vivre la liturgie de manière superficielle, comme un ensemble de rites que l'on répète sans en comprendre la véritable signification. Un autre risque est de penser que la foi dépend uniquement de l'expérience personnelle ou de l'effort humain, en oubliant que le salut est avant tout un don gratuit de Dieu.

La liturgie nous rappelle précisément cette vérité. Lors de chaque célébration, nous n’agissons pas de manière isolée, mais en tant que membres de l’Église réunis autour du Christ. À travers la Parole de Dieu et les sacrements, le Seigneur vient à notre rencontre et nous communique sa grâce.

C’est pourquoi participer pleinement à la liturgie ne consiste pas seulement à mieux connaître les rites, mais à se laisser transformer par l’action de Dieu. La sainteté ne naît pas uniquement de nos propres forces, mais de la réponse libre à la grâce que nous recevons lors de chaque célébration.

La beauté de la liturgie naît de la rencontre avec le Christ

La liturgie occupe une place centrale dans la vie de l’Église, car c’est le moment où le Christ continue d’agir et de se rendre présent à travers la Parole, les sacrements et la communauté réunie pour célébrer la foi. À chaque Eucharistie, nous participons au mystère pascal de sa mort et de sa résurrection, source de la vie chrétienne.

C’est pourquoi veiller à la célébration liturgique va bien au-delà du simple respect des rites ou du souci que tout se passe bien. La véritable beauté de la liturgie ne dépend pas uniquement de la solennité des gestes ou de la qualité de la musique, mais de la conscience avec laquelle les fidèles participent au mystère qu’ils célèbrent.

Une solide formation liturgique nous aide justement à découvrir ce sens profond. Elle nous apprend à comprendre les signes, les silences, les paroles et les temps liturgiques, afin de vivre chaque célébration comme une véritable rencontre avec le Christ et non comme une simple coutume.

Le Concile Vatican II a souhaité redonner à la liturgie la place qui lui revient dans la vie de l'Église, en rappelant que c'est en elle que Dieu prend l'initiative et va à la rencontre de son peuple. Comme l'affirmait saint Paul VI, la liturgie est « la première source de la vie divine qui nous est communiquée », et constitue une véritable école de vie spirituelle.

Formación litúrgica

La liturgie, cœur de la vie de l'Église

La liturgie n’est ni un acte privé ni une expérience exclusivement personnelle. Chaque célébration rassemble le peuple de Dieu autour du Christ et rend visible la communion de l’Église. C’est pourquoi le Concile Vatican II la définit comme « le sommet vers lequel tend l'action de l'Église et, en même temps, la source d'où jaillit toute sa force » (Sacrosanctum concilium, 10).

Lorsque nous participons à l'Eucharistie ou à tout autre sacrement, nous ne vivons pas notre foi de manière isolée. Nous faisons partie d'une communauté unie par le même baptême et appelée à cheminer ensemble vers Dieu.

Cette dimension communautaire nous aide à dépasser une vision individualiste de la foi. La liturgie nous rappelle que nous sommes membres d’un même Corps et que le Christ agit au sein de son Église, nourrissant notre vie spirituelle et renforçant la communion entre tous les fidèles.

C’est pourquoi une bonne formation liturgique nous permet non seulement de mieux comprendre les signes et les rites, mais aussi de découvrir que chaque célébration nous unit à toute l’Église et nous envoie vivre l’Évangile au quotidien.

Se former pour vivre la liturgie

La formation liturgique ne consiste pas uniquement à apprendre la signification des rites ou à mieux connaître les textes de la messe. Son véritable objectif est de vous aider à découvrir que, lors de chaque célébration, c’est le Christ qui agit et qui rassemble toute l’Église autour de Lui.

C'est pourquoi se former à la liturgie implique de connaître le sens des sacrements, de comprendre la signification des gestes, des paroles et des temps liturgiques, et de cultiver une vie de prière qui permette de participer de manière consciente et active à chaque célébration.

Parallèlement, la liturgie elle-même nous forme. Chaque Eucharistie, chaque sacrement et chaque célébration de l’année liturgique renforcent notre foi et nous aident à modeler notre vie sur celle du Christ. Il ne s’agit pas seulement d’assister à des rites, mais de laisser la grâce transformer notre façon de penser, d’aimer et de servir les autres.

Les signes liturgiques jouent un rôle fondamental dans ce cheminement. Le silence dispose le cœur à l’écoute de Dieu ; la proclamation de la Parole éclaire la vie du croyant ; les gestes du corps, tels que se lever, s’asseoir, répondre ou s’agenouiller, expriment avec simplicité la foi de toute la communauté. Ces signes ne sont pas de simples coutumes, mais un langage qui aide à vivre le mystère que nous célébrons.

La famille, la paroisse et la catéchèse jouent un rôle déterminant dans la transmission de ce langage dès l’enfance. Apprendre à faire le signe de croix, participer à la messe dominicale ou découvrir le sens de l’année liturgique sont des étapes simples qui aident à grandir dans la vie chrétienne et à s’impliquer plus profondément dans la liturgie de l’Église.

Le rôle des prêtres dans la formation liturgique

Les prêtres jouent un rôle essentiel pour aider les fidèles à vivre pleinement la liturgie. Leur tâche ne consiste pas seulement à présider les célébrations, mais aussi à accompagner la communauté afin qu’elle comprenne et participe pleinement au mystère qui est célébré.

Bien célébrer la liturgie, c'est la célébrer dans la fidélité à l'Église, en soignant chaque geste, chaque parole et chaque signe, sans transformer la célébration en un acte routinier ni en une manifestation de mise en avant personnelle. Lorsque la liturgie est vécue avec simplicité, beauté et recueillement, elle facilite la rencontre avec le Christ.

Cette manière de célébrer trouve avant tout sa source dans la vie spirituelle du prêtre. La prière, sa relation personnelle avec Dieu et une solide formation liturgique l’aident à exercer son ministère avec humilité et à toujours placer le Christ au centre de la célébration.

C’est pourquoi la formation liturgique occupe une place essentielle dans la préparation des futurs prêtres. Connaître le sens profond de la liturgie et apprendre à la célébrer avec fidélité et amour leur permettra, plus tard, de guider les communautés chrétiennes et d’aider de nombreux fidèles à vivre une participation toujours plus consciente et fructueuse aux sacrements.


Sources pour approfondir le sujet

Cet article rassemble et adapte les principaux enseignements de l'Église sur la formation liturgique, en s'inspirant notamment de la réflexion de Romano Guardini, dont l'œuvre a profondément marqué le renouveau liturgique du XXe siècle, ainsi que dans l'enseignement récent de l'Église.

Parmi les principales références, on peut citer :

Cet article s'inspire des travaux de M. Ramiro Pellitero Iglesias, professeur de théologie pastorale à la Faculté de théologie de l'Université de Navarre, et a été adapté et mis à jour à l'intention des lecteurs de la Fondation CARF.



Saint Maximilien Kolbe : le prêtre qui a donné sa vie à Auschwitz

Il existe des vies qui semblent avoir été écrites pour démontrer que l'Évangile peut être vécu jusqu'au bout. Celle de Saint Maximilien Marie Kolbe C'est l'une d'entre elles.

Prêtre franciscain conventuel, grand apôtre de la Vierge Marie, missionnaire, journaliste et martyr de la charité, il est entré dans l'histoire pour avoir volontairement sacrifié sa vie afin de sauver celle d'un autre prisonnier dans le camp de concentration de Auschwitz pendant la Seconde Guerre mondiale. Son geste reste l'un des plus grands témoignages d'amour chrétien du XXe siècle.

Mais réduire sa personnalité à ce seul acte héroïque reviendrait à ne retenir qu'une infime partie d'une vie extraordinaire.

Qui était saint Maximilien Kolbe ?

Saint Maximilien Marie Kolbe est né le 8 janvier 1894 à Zduńska Wola (Pologne) sous le nom de Raimundo Kolbe. Dès son enfance, il s'est distingué par sa profonde sensibilité religieuse.

Une tradition profondément ancrée dans sa biographie raconte que, alors qu’il n’était encore qu’un jeune garçon, il vécut une expérience spirituelle au cours de laquelle la Vierge Marie lui montra deux couronnes : l’une blanche, symbole de la pureté, et l’autre rouge, symbole du martyre. Lorsqu’elle lui demanda laquelle il choisissait, il répondit : « Les deux ». Des années plus tard, cette réponse allait prendre une signification prophétique.

Il est entré très jeune à la Ordre des Frères Mineurs Conventuels et prit le nom de Maximiliano María, ce qui témoigne de son profond dévouement envers la Vierge.

Un admirateur de l'Immaculée

Parler de saint Maximilien Kolbe, c'est parler d'une confiance absolue en Marie Immaculée.

Au cours de ses études à Rome, il fonda en 1917 la Milice de l'Immaculée, un mouvement d'évangélisation dont l'objectif était de rapprocher tous les hommes du Christ par l'intermédiaire de la Vierge. Pour lui, Marie n'était jamais une fin en soi, mais le chemin le plus sûr pour rencontrer Jésus-Christ.

Sa spiritualité était profondément marquée par trois convictions :

Ces idées ont marqué l'ensemble de son ministère sacerdotal.

Un pionnier de l'évangélisation dans les médias

Plusieurs décennies avant l'apparition d'Internet et des réseaux sociaux, saint Maximilien avait compris que la communication serait un outil décisif pour annoncer l'Évangile.

Il a fondé le magazine Le Chevalier de l'Immaculée, a fondé une grande maison d'édition catholique et a transformé le couvent de Niepokalanów au sein de l'un des plus grands centres d'édition religieuse d'Europe. De là, il imprimait des centaines de milliers d'exemplaires chaque mois et a même eu recours à la radio pour diffuser le message chrétien.

La Seconde Guerre mondiale et Auschwitz

Lorsque l'Allemagne a envahi Pologne En 1939, le couvent de Niepokalanów a ouvert ses portes pour accueillir des milliers de réfugiés, parmi lesquels de nombreux Juifs.

Maximiliano refusa de quitter sa communauté et continua d'exercer son ministère sacerdotal jusqu'à ce qu'il soit arrêté par les autorités nazies en 1941 et déporté vers le camp de concentration de Auschwitz.

Il y continua d'exercer son ministère de prêtre : il confessait, consolait et fortifiait spirituellement les autres prisonniers, dans des conditions inhumaines.

Bloque en el que fallece San Maximiliano Kolbe
Bloc où est décédé saint Maximilien Kolbe

Un martyr de la charité

En juillet 1941, un prisonnier réussit à s'échapper d'Auschwitz. En représailles, les nazis choisirent dix hommes pour les laisser mourir de faim. L'un d'entre eux fondit en larmes en pensant à sa femme et à ses enfants.

C'est alors qu'eut lieu l'un des gestes les plus émouvants de l'histoire contemporaine. Saint Maximilien s'avança et demanda à prendre la place du condamné. Il se présenta comme prêtre catholique et sa demande fut acceptée.

Pendant deux semaines, il a soutenu les autres prisonniers du bunker par des prières, des cantiques et des paroles d'espoir, jusqu'à ce que le 14 août 1941, après avoir reçu une injection létale.

Son sacrifice incarne de manière extraordinaire les paroles de Jésus : « Nul n'a un amour plus grand que celui qui donne sa vie pour ses amis » (Jn 15, 13).

Canonisation de saint Maximilien Kolbe

Saint Paul VI l'a béatifié en 1971. Par la suite, Saint Jean Paul II il l'a canonisé le 10 octobre 1982, en le proclamant martyr de la charité, une expression qui résume parfaitement le sens de toute sa vie : aimer jusqu'au bout.

Il l’a qualifié de « saint de notre siècle difficile ». Le sergent de l’armée et membre de la résistance juive en Pologne, Franciszek Gajowniczek (1901-1995), n’a cessé de répéter jusqu’à la fin de sa vie que c’était grâce à lui qu’il avait échappé au sort des victimes de l’Holocauste.

¿Que peut nous enseigner aujourd'hui saint Maximilien Kolbe ? Son message reste d'une grande actualité.

  1. La sainteté se construit à travers les petits choix. Avant l'héroïsme d'Auschwitz, il y eut des années de fidélité au quotidien : prière, étude, travail, service et confiance en Dieu.
  2. L'évangélisation exige de la créativité. Kolbe avait compris que la communication constituait un domaine privilégié pour annoncer l'Évangile. Aujourd'hui, ce défi se poursuit dans le monde numérique.
  3. Marie vous conduit toujours vers le Christ. Sa profonde dévotion mariale n'a jamais été du sentimentalisme, mais une manière concrète de vivre pleinement l'Évangile.
  4. L'amour est plus fort que la haine. Là où le mal semblait avoir triomphé, il a réagi en s'investissant pleinement. Sa vie prouve que l'amour chrétien peut transformer même les situations les plus sombres.

La figure de saint Maximilien Kolbe nous rappelle l'immense mission du sacerdoce : apporter l'espoir là où il semble n'y en avoir aucun.

Son exemple continue d'inspirer les séminaristes, les prêtres diocésains et les religieux du monde entier à vivre leur ministère avec dévouement, courage et une profonde union avec le Christ.

Dans le Fondation CARF Nous savons que la formation intégrale – humaine, spirituelle et académique – des futurs prêtres constitue un investissement pour l’Église tout entière. Des prêtres bien formés peuvent devenir, à l’instar de saint Maximilien, des instruments d’espoir pour des milliers de personnes, là où Dieu les appelle.

Saint Maximilien Kolbe dans l'encyclique Magnifica humanitas de Léon XIV

Le témoignage de saint Maximilien Kolbe continue d'éclairer l'Église, même de nos jours. Dans sa première encyclique, Magnifica humanitas (2026), le pape Léon XIV le cite parmi les « martyrs de la fraternité et de la justice », aux côtés de saint Óscar Romero et du bienheureux Enrique Angelelli. Le Souverain Pontife présente ces saints comme des hommes qui, même dans des conditions inhumaines, ont su défendre la dignité de chaque personne grâce à la force de l'Évangile.

Cette référence n’est pas fortuite. Dans un document consacré à une réflexion sur la dignité humaine et les défis de notre époque, Léon XIV présente saint Maximilien Kolbe comme un exemple montrant que la véritable grandeur de l’être humain ne réside ni dans le pouvoir ni dans la technologie, mais dans la capacité à se donner par amour. Sa vie nous rappelle que la fraternité chrétienne atteint son expression la plus élevée lorsque nous sommes capables de donner notre vie pour les autres, à l’exemple du Christ.

Carta Encíclica de Su Santidad León XIV Magnifica Humanitas
Signature de la lettre encyclique de Sa Sainteté Léon XIV, Magnifica Humanitas.

Prière à saint Maximilien Kolbe

Saint Maximilien Marie Kolbe,
prêtre fidèle et martyr de la charité,
apprenez-nous à aimer sans limite,
à faire pleinement confiance à la Vierge Marie
et à mettre notre vie au service des autres.
Que, en suivant votre exemple,
sachons répondre au mal par le bien
et d'annoncer le Christ avec courage.
Amen.

Prière n° 1 pour obtenir une faveur

Ô Seigneur Jésus-Christ, qui avez dit : " Nul n’a plus grand amour que celui qui donne sa vie pour ses amis ", par l’intercession de saint Maximilien Kolbe, dont la vie illustre cet amour, nous vous supplions d’exaucer nos prières….

(faites votre demande ici)

Grâce au mouvement de la Milice de l’Immaculée, fondé par Maximilien, il a diffusé une fervente dévotion à Notre-Dame à travers le monde entier. Il a donné sa vie pour un parfait inconnu et a aimé ses persécuteurs, nous donnant ainsi un exemple d’amour désintéressé pour tous les hommes, un amour inspiré par une véritable dévotion à Marie.

Accordez-nous, ô Seigneur Jésus, de pouvoir nous consacrer nous aussi entièrement et sans réserve à l’amour et au service de notre Reine du Ciel, afin de mieux aimer et servir notre prochain, à l’exemple de votre humble serviteur, saint Maximilien. Amen.

Récitez trois « Je vous salue Marie » et un « Gloire au Père ».
__________

Deuxième prière pour obtenir une faveur

Ô saint Maximilien-Marie ! Fidèle disciple du Petit Pauvre d'Assise,
Toi qui, animé par l’amour de Dieu, as consacré ta vie à la pratique assidue des vertus héroïques et aux œuvres saintes de l’apostolat, tourne ton regard vers nous, tes fidèles, qui comptons sur ton intercession.

Vous qui, rayonnant de la lumière de la Vierge Immaculée, avez attiré d’innombrables âmes vers les idéaux de sainteté, en les appelant à toutes les formes d’apostolat pour le triomphe du bien et la propagation du Royaume de Dieu, obtenez-nous la lumière et la force d’accomplir le bien en attirant de nombreuses âmes vers l’amour du Christ.

Vous qui, à l'image parfaite du divin Sauveur, avez atteint un si haut degré de charité que vous avez pu offrir, en sublime témoignage d'amour,
Toi qui as donné ta vie pour sauver celle d’un frère emprisonné, intercède auprès du Seigneur pour que nous obtenions la grâce que nous te demandons avec confiance :

(faites votre demande ici)

Et, animés par la même ferveur de charité, puissions-nous, nous aussi, par la foi et par nos œuvres, rendre témoignage au Christ devant nos frères, afin d’atteindre, avec vous, la possession béatifiante de Dieu
dans la lumière de la gloire éternelle. Amen.



Saint Ignace de Loyola : le saint qui a enseigné à discerner la voix de Dieu

Le 31 juillet, l'Église célèbre saint Ignace de Loyola, fondateur de la Compagnie de Jésus et l'un des grands maîtres de la vie spirituelle. Son héritage va bien au-delà de la création d’un ordre religieux : il a légué à l’Église une pédagogie permettant d’apprendre à découvrir la volonté de Dieu au cœur de la vie quotidienne.

Dans un monde où règnent le bruit, les décisions difficiles et l’incertitude, le discernement ignatien reste une école de liberté intérieure. Il ne s’agit ni d’une méthode pour prédire l’avenir, ni d’une technique pour résoudre des problèmes, mais d’un chemin de prière qui aide à reconnaître comment Dieu agit dans le cœur de chaque personne.

Qui était saint Ignace de Loyola ?

Saint Ignace de Loyola est né en 1491 à Loyola. Dans sa jeunesse, il rêvait de gloire militaire et de vie à la cour. Tout a changé en 1521, lorsqu'un boulet de canon l'a gravement blessé lors de la défense de Pampelune.

Cette longue convalescence a marqué un tournant dans sa vie. N’ayant plus de romans de chevalerie pour se divertir, il se mit à lire la vie du Christ et quelques biographies de saints qui lui tombaient sous la main. Ces lectures ont fait naître en lui une question décisive : pourquoi certaines pensées lui procuraient-elles une joie profonde, tandis que d’autres ne lui apportaient qu’une satisfaction passagère ?

Sans m'en rendre compte, je m'engageais sur la voie qui allait donner naissance au discernement spirituel que j'allais plus tard exprimer dans les Exercices spirituels.

Qu'est-ce que le discernement selon saint Ignace ?

Le mot « discernement » peut sembler complexe, mais saint Ignace l'entendait d'une manière très concrète : apprendre à distinguer les mouvements intérieurs qui nous rapprochent de Dieu de ceux qui nous en éloignent.

Au cours de sa convalescence, il découvrit que s'imaginer des exploits militaires lui procurait une satisfaction éphémère, tandis que la contemplation de la vie du Christ ou de l'exemple des saints lui apportait une paix durable. Cette expérience devint le point de départ de tout son enseignement spirituel.

Des années plus tard, le pape François a évoqué précisément cet épisode pour montrer comment Ignace a appris à faire la distinction entre la joie passagère et la consolation authentique, qui perdure et oriente toute la vie vers Dieu.

Audiencia general del papa Francisco en la Plaza de San Pedrod
Audience générale du pape François sur la place Saint-Pierre.

La consolation et la désolation : deux éléments clés de la spiritualité ignacienne

L'une des contributions les plus connues de saint Ignace est la distinction entre la consolation et la désolation spirituelle. La consolation ne consiste pas simplement à se sentir bien. Il s'agit d'une expérience intérieure qui renforce la foi, grandit l'espérance, incite à aimer davantage et rapproche de Dieu, même au milieu des difficultés.

La désolation, en revanche, se manifeste par une obscurité intérieure, un découragement, une perte d'espoir ou un éloignement de la prière. Saint Ignace a observé que ces deux états font partie du cheminement spirituel. L'important n'est pas de les éviter, mais d'apprendre à les reconnaître afin de prendre des décisions libres et orientées vers le bien.

Exercices spirituels : une école pour découvrir la volonté de Dieu

Les fruits les plus connus de l'expérience de saint Ignace sont les Exercices spirituels, un ouvrage qui, depuis près de cinq siècles, aide des millions de personnes à approfondir leur relation avec le Christ. Il ne s’agit pas simplement d’un livre à lire. C’est un parcours de prière, de silence, d’examen de conscience et de contemplation de l’Évangile qui vise à orienter la vie selon la volonté de Dieu.

L'objectif final est d'apprendre à répondre en toute liberté à la question que tout chrétien se pose un jour ou l'autre : « Seigneur, que veux-tu de moi ? ».

Le discernement et la vocation

Toute vocation naît d’un appel de Dieu, mais elle nécessite également un cœur disposé à écouter. C’est pourquoi le discernement occupe une place essentielle dans la formation de ceux qui se sentent appelés au sacerdoce, à la vie consacrée, au mariage ou à toute autre forme de don de soi chrétien.

Pour écouter la voix de Dieu, il faut du silence, de la prière, un accompagnement spirituel et une formation solide permettant de faire la distinction entre ses propres désirs, les pressions extérieures et l'action du Saint-Esprit.

Saint Ignace a compris que les grandes décisions ne peuvent être prises uniquement sous l'emprise de l'émotion du moment. Elles nécessitent une liberté intérieure que seul Dieu peut accorder.

Un enseignement très actuel pour la formation sacerdotale

La spiritualité ignacienne reste particulièrement précieuse pour la formation des prêtres et des séminaristes. Un bon pasteur ne doit pas seulement connaître la doctrine de l'Église. Il doit également apprendre à écouter, à accompagner et à aider les autres à découvrir la volonté de Dieu dans leur propre vie.

C’est précisément pour cette raison que la formation humaine, spirituelle, intellectuelle et pastorale revêt une telle importance. L’Église a besoin de prêtres capables de discerner et d’enseigner à discerner.

C'est là également l'une des raisons d'être de la Fondation CARF : œuvrer pour que les séminaristes, les prêtres diocésains et les religieux du monde entier reçoivent une formation complète leur permettant de mieux servir l'Église et les personnes que Dieu met sur leur chemin.

Trouver Dieu en toutes choses

La phrase qui résume peut-être le mieux la spiritualité de saint Ignace est l’une des plus connues de la tradition ignacienne : trouver Dieu en toutes choses. Cela ne signifie pas que tout se vaut ou que n’importe quelle décision mène automatiquement à Dieu. Cela signifie apprendre à découvrir sa présence au travail, en famille, dans les études, au service des autres, mais aussi dans les difficultés.

Ce regard transforme la vie quotidienne en un lieu de rencontre avec le Christ et fait de chaque journée une nouvelle occasion de répondre à son appel.

Iglesia de San Ignacio de Loyola
Église Saint-Ignace-de-Loyola à Rome.

Saint Ignace continue de nous enseigner à écouter Dieu

Plus de cinq siècles après sa conversion, saint Ignace de Loyola continue d’aider des millions de chrétiens à prendre des décisions dans la liberté, la paix et la confiance. Son héritage nous rappelle que Dieu continue de parler au cœur de l’homme. Mais pour entendre sa voix, il faut du silence, de la prière, une formation et le désir sincère de rechercher la vérité.

Dans une société submergée par les stimuli et la précipitation, le discernement ignatien reste une invitation à s’arrêter, à se tourner vers son for intérieur et à se demander avec humilité : « Seigneur, que veux-tu de moi ? ». C’est une question qui peut changer une vie. Tout comme elle a changé à jamais celle de ce soldat blessé qui est finalement devenu l’un des grands saints de l’Église.

Qu'est-ce que le discernement ? Paroles du pape François sur le discernement.

Chers frères et sœurs :

Aujourd'hui, nous entamons un nouveau cycle de catéchèse : nous avons terminé la catéchèse sur la vieillesse, nous entamons aujourd'hui un nouveau cycle consacré au thème de la discernement.

Le discernement est un acte important qui concerne tout le monde, car les choix font partie intégrante de la vie. Discerner ses décisions. On choisit son repas, ses vêtements, un cursus, un emploi, une relation. C’est à travers chacun de ces choix que se concrétise un projet de vie, mais aussi notre relation avec Dieu.

Dans l’Évangile, Jésus évoque le discernement à l’aide d’images tirées de la vie quotidienne ; par exemple, il décrit le pêcheur qui trie les bons poissons et rejette les mauvais ; ou encore le marchand qui sait identifier, parmi de nombreuses perles, celle qui a le plus de valeur. Ou encore celui qui, en labourant un champ, trouve quelque chose qui s’avère être un trésor (cf. Mt 13,44-48).

À la lumière de ces exemples, le discernement apparaît comme un exercice de intelligenceet aussi de compétence ainsi que de sera, afin de tirer parti d'un moment propice : ce sont là les conditions nécessaires pour faire un bon choix. Il faut de l'intelligence, de l'habileté, mais aussi de la volonté pour faire un bon choix. 

Et il y a également un coût nécessaire pour que ce discernement soit effectif. Pour exercer son métier au mieux, le pêcheur tient compte de la fatigue, des longues nuits en mer et du rejet d’une partie des prises, en acceptant une perte de revenus pour le bien de ceux à qui elles sont destinées. Le négociant en perles n’hésite pas à tout dépenser pour acheter cette perle ; il en va de même pour l’homme qui est tombé sur un trésor. Des situations inattendues et imprévues dans lesquelles il est indispensable de reconnaître l’importance et l’urgence d’une décision à prendre. 

Chacun doit prendre ses propres décisions ; personne ne les prend à notre place. À un moment donné, les adultes, en toute liberté, peuvent demander conseil, réfléchir, mais la décision leur appartient ; on ne peut pas dire : « J’ai perdu cela, parce que c’est mon mari, ma femme ou mon frère qui l’a décidé » : non ! C’est à vous de décider, chacun doit décider, et c’est pourquoi il est important de savoir discerner: pour prendre les bonnes décisions, il faut savoir faire preuve de discernement.

L'Évangile met en avant un autre aspect important du discernement : implique les sentiments. Celui qui a trouvé le trésor n'éprouve aucune difficulté à tout vendre, tant sa joie est grande (cf. Mt 13,44). 

Le terme utilisé par l'évangéliste Matthieu Cela exprime une joie tout à fait particulière, qu’aucune réalité humaine ne peut procurer ; et, en effet, cette expression ne réapparaît que dans très peu d’autres passages de l’Évangile, qui font tous référence à la rencontre avec Dieu. 

C'est la joie des Rois mages lorsqu'ils revoyent l'étoile après un long et pénible voyage (cf. Mt 2,10) ; c'est la joie des femmes qui reviennent du sépulcre vide après avoir entendu l'annonce de la résurrection par l'ange (cf. Mt 28,8). C'est la joie de ceux qui ont trouvé le Seigneur. Prendre une belle décision, une bonne décision, vous conduit toujours à cette joie ultime ; peut-être devrez-vous, en chemin, traverser un moment d'incertitude, réfléchir, chercher, mais au final, la bonne décision vous apporte la joie.

Dans le Jugement final, Dieu nous accordera le discernement – le grand discernement. Les images du fermier, du pêcheur et du marchand illustrent ce qui se passe dans le Royaume des Cieux, un Royaume qui se manifeste dans les gestes quotidiens de la vie, qui nous obligent à prendre position. 

C’est pourquoi il est si important de savoir faire preuve de discernement : les grands choix peuvent découler de circonstances qui, à première vue, semblent secondaires, mais qui s’avèrent décisives. Prenons par exemple la première rencontre d’André et de Jean avec Jésus, une rencontre née d’une simple question : « Rabbi, où habites-tu ? » — « Venez et vous verrez » (cf. Jn 1,38-39), dit Jésus. Un échange très bref, mais qui marque le début d’un changement qui, pas à pas, va façonner toute une vie. Des années plus tard, l’évangéliste continuera à se souvenir de cette rencontre qui l’a changé à jamais ; il se souviendra également de l’heure : « Il était environ quatre heures de l’après-midi » (v. 39). C’est l’heure où le temps et l’éternité se sont rencontrés dans sa vie. 

Et c’est dans une décision bonne et juste que se rejoignent la volonté de Dieu et la nôtre ; c’est là que se rejoignent le chemin présent et l’éternel. Prendre une décision juste, au terme d’un cheminement de discernement, c’est opérer cette rencontre : celle du temps et de l’éternel.

Par conséquent : la connaissance, l'expérience, l'affection, la volonté : voilà quelques-uns des éléments indispensables au discernement. Au fil de ces catéchèses, nous en découvrirons d'autres, tout aussi importants.

Le discernement – comme je l'ai dit – implique un effort. Selon la Bible, la vie que nous devons mener ne nous est pas présentée toute toute prête : non ! Nous devons prendre des décisions en permanence, en fonction des réalités qui se présentent. Dieu nous invite à évaluer et à choisir : il nous a créés libres et souhaite que nous exercions notre liberté. Par conséquent, discerner, c'est ardu.

Nous avons souvent vécu cette situation : choisir quelque chose qui nous semblait bien, mais qui, en réalité, ne l'était pas. Ou savoir ce qui était vraiment bon pour nous, sans pour autant le choisir. 

Contrairement aux animaux, l'homme peut se tromper, il peut ne pas vouloir faire le bon choix. La Bible le démontre dès ses premières pages. Dieu donne à l’homme une consigne précise : si vous voulez vivre, si vous voulez profiter de la vie, souvenez-vous que vous êtes une créature, que vous n’êtes pas la référence du bien et du mal, et que les choix que vous ferez auront des conséquences, pour vous, pour les autres et pour le monde (cf. Gn 2,16-17) ; vous pouvez faire de la terre un magnifique jardin ou la transformer en un désert de mort. 

Un enseignement fondamental : ce n’est pas un hasard si c’est le premier dialogue entre Dieu et l’homme. Le dialogue se déroule ainsi : le Seigneur confie une mission, « vous devez faire ceci et cela » ; et l’homme, à chaque pas qu’il fait, doit discerner quelle décision prendre. Le discernement, c’est cette réflexion de l’esprit et du cœur que nous devons mener avant de prendre une décision.

Le discernement est épuisant, mais indispensable à la vie. Il exige que je me connaisse moi-même, que je sache ce qui est bon pour moi ici et maintenant. Surtout, il exige une relation filiale avec Dieu. Dieu est notre Père et il ne nous laisse pas seuls ; il est toujours prêt à nous conseiller, à nous encourager et à nous accueillir. 

Mais il n’impose jamais sa volonté. Pourquoi ? Parce qu’il veut être aimé et non craint. Et Dieu souhaite également que nous soyons ses enfants et non ses esclaves : des enfants libres. Et l’amour ne peut s’épanouir que dans la liberté. 

Pour apprendre à vivre, il faut apprendre à aimer, et pour cela, il est nécessaire de faire preuve de discernement : que puis-je faire maintenant, face à ce choix ? Que cela soit un signe d'amour plus grand, de plus grande maturité dans l'amour. 

Prions pour que le Saint-Esprit nous guide ! Invoquons-le chaque jour, en particulier lorsque nous devons prendre des décisions. Merci.

Pourquoi le discernement est-il essentiel dans la formation d'un prêtre ?

Le pape François définissait le discernement comme un acte qui concerne chaque personne, car toute vie est marquée par des décisions qui façonnent son propre chemin. Il ne s’agit pas seulement de choisir entre le bien et le mal, mais de reconnaître, avec l’aide de Dieu, quelle est la réponse la plus fidèle à l’appel qu’Il adresse à chacun. Discerner, c’est, en définitive, apprendre à lire sa propre vie à la lumière du Saint-Esprit.

Cette capacité revêt une importance particulière dans la formation d’un prêtre. Avant d’accompagner autrui sur son chemin de foi, le séminariste doit apprendre à écouter la voix de Dieu dans sa propre vie. La vocation sacerdotale ne naît ni d’une impulsion passagère ni d’un projet personnel, mais de la rencontre entre la liberté humaine et l’initiative d’amour de Dieu. C’est pourquoi elle nécessite du temps, de la prière, du silence et un accompagnement spirituel qui aide à interpréter ce qui se passe dans le cœur.

Le discernement, explique le pape François, mobilise toute la personne : la mémoire, l'intelligence, la volonté et les sentiments. Se connaître soi-même est une condition indispensable pour reconnaître comment agit le Seigneur et éviter que le bruit, la précipitation ou ses propres intérêts ne masquent sa voix.

Dans ce processus, la prière occupe une place irremplaçable. Ce n’est pas seulement un moment de réflexion personnelle, mais l’espace où le futur prêtre cultive une relation d’amitié avec le Christ. Plus cette amitié est profonde, plus il est facile de reconnaître ce qui conduit à l’Évangile et de le distinguer de ce qui en éloigne. Le discernement ne recherche pas de réponses toutes faites, mais un regard intérieur capable de découvrir la présence de Dieu même dans les circonstances les plus ordinaires.

Saint Ignace de Loyola a compris cette vérité à partir de sa propre expérience. Il a découvert que toutes les pensées ne laissent pas la même empreinte dans le cœur : certaines procurent une satisfaction immédiate qui disparaît rapidement, tandis que d’autres suscitent une paix profonde, une joie durable et un désir plus grand d’aimer et de servir. Apprendre à reconnaître ces mouvements intérieurs reste l’un des enseignements les plus précieux de la spiritualité ignatienne et un outil fondamental pour la formation de ceux qui deviendront pasteurs de l’Église.

C’est pourquoi l’Église accorde tant d’importance à la formation intégrale des séminaristes. Une excellente préparation académique ne suffit pas ; il faut également former le cœur afin que le prêtre puisse écouter en toute liberté la volonté de Dieu et, par la suite, aider les autres à la découvrir. Un pasteur qui a appris à discerner sera capable d’accompagner un jeune en quête de sa vocation, un couple en difficulté ou une personne qui souhaite renouer avec la foi.

La mission de la Fondation CARF s'inscrit précisément dans cette perspective. En soutenant la formation humaine, spirituelle, intellectuelle et pastorale des séminaristes, des prêtres diocésains et des religieux du monde entier, elle contribue à ce que l’Église dispose de pasteurs bien préparés, capables d’annoncer fidèlement l’Évangile et d’accompagner chaque personne dans le discernement de l’appel que Dieu lui adresse.



29 juillet : les saints Marthe, Marie et Lazare. Qui étaient-ils et que nous enseignent-ils, à nous chrétiens ?

Chaque 29 juillet, l’Église célèbre la mémoire des saints Marthe, Marie et Lazare, trois frères de Béthanie qui occupaient une place très particulière dans la vie de Jésus. Les Évangiles montrent que le Seigneur ne s’est pas contenté de passer chez eux à une occasion, mais qu’il y est revenu à maintes reprises. Il y trouvait le repos, l’amitié, la conversation et une ambiance familiale où il était accueilli avec affection.

Ce n'est pas un hasard si le Pape François a décidé en 2021 d'étendre cette célébration liturgique aux trois frères. La maison de Béthanie incarne l'un des plus beaux aspects de l'Évangile : celui d'une famille qui fait une place au Christ dans sa vie quotidienne.

Pour la Fondation CARF, contempler Marthe, Marie et Lazare Cela revient à se pencher sur l'origine de nombreuses vocations. Là où le Christ trouve un foyer qui lui est ouvert, la foi, le désir de servir et la disponibilité à répondre à l'appel de Dieu s'épanouissent également.

El papa Francisco se dirige a la Plenaria de la Congregación para el Culto

Qui étaient Marthe, Marie et Lazare ?

Les trois frères vivaient à Béthanie, une petite localité située sur le versant oriental du mont des Oliviers, tout près de Jérusalem. Leur maison est mentionnée à plusieurs reprises dans les Évangiles comme l'un des lieux où Jésus était accueilli en toute confiance.

L'évangéliste Saint-Jean résume cette relation en une phrase extraordinaire :

« Jésus aimait Marthe, sa sœur et Lazare » (Jn 11, 5).

Rares sont ceux qui bénéficient d'une affirmation aussi explicite dans l'Évangile. Ils n'étaient pas simplement des disciples parmi tant d'autres. Ils étaient les amis du Seigneur.

Chacun d’entre eux possède une personnalité distincte : Marthe apparaît comme une femme active, généreuse et serviable. Marie se distingue par sa capacité à écouter Jésus et à rester à ses pieds. Lazare, quant à lui, occupe une place centrale dans l’un des miracles les plus impressionnants relatés dans l’Évangile : sa résurrection.

Ensemble, ils offrent une vision très complète de la vie chrétienne : le service, la prière et la confiance absolue en Dieu.

Santa Marta, María y Lázaro

Pourquoi l'Église célèbre-t-elle les trois frères ensemble ?

Pendant des siècles, le calendrier romain général ne célébrait que sainte Marthe le 29 juillet.

Cependant, le 26 janvier 2021, la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, à la demande du pape François, a décrété que la mémoire liturgique inclurait également Marie et Lazare.

Le décret explique que les trois frères offrent un témoignage unique d’amitié avec le Christ et rappelle que : " Chez Béthanie, le Seigneur Jésus a fait l'expérience de l'esprit de famille et de l'amitié. "

Cette décision met en évidence le fait que la sainteté Elle ne se vit pas toujours de manière individuelle. Souvent, elle s'épanouit au sein d'une famille où chaque membre répond à Dieu selon sa propre vocation.

Ce message est particulièrement d'actualité. Dans une société marquée par l'individualisme, Béthanie nous rappelle que la foi grandit également au sein de la communauté, au sein de la famille et à travers les petits gestes du quotidien.

La foi, c'est ouvrir ses portes au Christ, l'accueillir chez soi, partager la table avec lui, le laisser pénétrer au plus profond de son âme. C'est ce qu'a fait la famille de Béthanie, composée de Marthe, Marie et Lazare

Marta : servir avec joie et sérénité

L'un des passages les plus connus figure dans l'Évangile selon saint Luc.

Tandis que Marie reste assise à écouter Jésus, Marthe s'affaire à préparer tout ce qui est nécessaire pour accueillir le Maître.

À un moment donné, elle exprime sa lassitude : « Seigneur, cela ne vous dérange-t-il pas que ma sœur me laisse seule face à tout ce travail ? »

La réponse de Jésus a souvent été interprétée comme opposant l’action à la contemplation. Cependant, la tradition de l’Église et les méditations publiées par l’Opus Dei rappellent que le Christ ne critique pas le travail de Marthe.

Ce qui vous permet de retrouver votre sérénité, c'est justement cette inquiétude qui vous fait perdre votre sérénité.

Marta aime profondément le Seigneur et souhaite lui offrir ce qu’elle a de mieux. Son dévouement est né de l’amour, mais elle doit apprendre que l’action ne trouve tout son sens que lorsqu’elle jaillit de la rencontre avec Dieu.

Cet enseignement reste d'une grande actualité.

De nombreux chrétiens mènent une vie entièrement accaparée par le travail, les responsabilités familiales ou les soucis quotidiens. Marthe nous rappelle que toute tâche peut se transformer en prière lorsqu’elle est accomplie par amour et dans la paix intérieure.

La sainteté ne consiste pas à accomplir des choses extraordinaires, mais à accomplir avec amour les tâches ordinaires.

Marie : apprendre à écouter avant d'agir

Si Marthe incarne le service, Marie symbolise l'écoute.

L'Évangile la présente assise aux pieds de Jésus, une posture propre au disciple qui souhaite apprendre de son Maître. Le Christ affirme alors que Maria a choisi « la meilleure part ».

Non pas parce que le travail manque d'importance, mais parce que toute mission chrétienne naît d'abord de l'écoute. Avant d'annoncer l'Évangile, il faut laisser l'Évangile transformer le cœur. Avant d'enseigner, il faut apprendre.

Cet enseignement revêt une importance particulière pour ceux qui se sentent appelés à servir l'Église.

À la Fondation CARF, nous connaissons bien cette réalité. La formation spirituelle, humaine, intellectuelle et pastorale des futurs prêtres Cela commence justement par cultiver une relation profonde avec Jésus-Christ.

Lazare : garder confiance même lorsqu'il semble trop tard

L'épisode de la maladie et résurrection L'épisode de Lazare constitue l'un des moments forts de l'Évangile selon saint Jean.

Lorsque Jésus apprend que son ami est gravement malade, il ne se met pas immédiatement en route pour Béthanie.

D’un point de vue humain, il semble arriver trop tard et Lazare est déjà mort. Marthe sort à sa rencontre avec des paroles empreintes à la fois de foi et de douleur : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. » Malgré sa souffrance, Marthe continue de lui faire confiance. C’est alors que Jésus prononce l’une des grandes déclarations de l’Évangile : « Je suis la résurrection et la vie. »

La résurrection de Lazare qui s'ensuit annonce la victoire définitive du Christ sur la mort. Mais elle nous enseigne également une autre leçon : Dieu ne cesse jamais d'agir, même lorsque nous pensons que tout est perdu. Combien de fois avons-nous vécu des situations similaires ?

Problèmes familiaux, crises personnelles, maladies, manque d'espoir… Lazare nous rappelle que le désespoir n'a jamais le dernier mot. Il appartient toujours à Dieu.

Resurrección de Lázaro, José de Ribera
La résurrection de Lazare, José de Ribera

Bétanie : une maison ouverte au Seigneur

Plutôt que de nous attarder sur chacun des trois frères séparément, il convient de considérer l’ensemble qu’ils forment en tant que famille. Ce qui est véritablement extraordinaire à Béthanie, ce n’est pas seulement la générosité de Marthe, de Marie ou de Lazare après sa résurrection. Ce qui rend ce foyer si particulier, c’est que Jésus y trouve toujours les portes ouvertes.

Les Évangiles présentent Béthanie comme une maison où le Christ est accueilli avec simplicité et amitié. Ses habitants ne se distinguent pas par de grands exploits ni par des discours mémorables ; ils laissent simplement le Seigneur faire partie de leur vie quotidienne. C'est précisément pour cette raison que ce foyer reste un modèle pour toutes les familles chrétiennes.

Ce qu'on enseigne aujourd'hui aux familles

La mémoire liturgique des saints Marthe, Marie et Lazare n’appartient pas uniquement au passé. Leur exemple continue d’apporter des réponses très concrètes aux défis de notre époque. Ils nous rappellent que le service n’est jamais du temps perdu lorsqu’il naît de l’amour, que la prière n’est pas un privilège réservé à quelques-uns, mais la source de toute vie chrétienne, et que la confiance en Dieu peut rester inébranlable même au milieu de la souffrance.

Leur histoire montre également que l’amitié avec Jésus est capable de transformer une maison ordinaire en un lieu saint. Dans ce climat de foi vécu avec simplicité, la famille reste le premier lieu où l’Évangile est transmis et où les nouvelles générations apprennent à découvrir la présence de Dieu dans la vie quotidienne.

C’est pourquoi, lorsque l’on contemple le témoignage des saints Marthe, Marie et Lazare, il y a également lieu de rendre grâce en pensant à toutes ces familles anonymes qui, par leur exemple quotidien, continuent de permettre à l’Évangile d’atteindre de nouvelles générations et à l’Église de continuer à recevoir nouvelles vocations au service de Dieu et des autres.

Ouvrir chaque jour la porte de notre maison et de notre cœur au Christ transforme la vie familiale de l'intérieur. Là où Il est accueilli avec joie, la foi se renforce, des vocations généreuses naissent et l'Église trouve le soutien nécessaire pour continuer à annoncer l'Évangile au monde.

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Construire en s'inspirant de l'âme des villes. Les propositions de Léon XIV en Espagne

Le voyage apostolique de Léon XIV en Espagne, en juin 2026, n'a pas été seulement un événement diplomatique ou liturgique, mais une proposition de renouveau profond pour l'Église et la société civile. 

Sous la devise « Levez les yeux ! », a demandé aux éducateurs d’être « de nouveaux fils pour tisser de nouveaux réseaux » dans l’art du dialogue social, qui passe par la rencontre et l’écoute, le dialogue et le respect. Selon les mots de Benoît XVI, a souligné que « la foi, c'est l'amour, et c'est pourquoi elle engendre la poésie et la musique. La foi, c'est la joie, et c'est pourquoi elle engendre la beauté » (Catéchèse 21 mai 2008). Et Léon XIV s'est demandé si l'Europe pourrait être elle-même sans l'empreinte de la foi. 

C’est précisément dans son discours de bienvenue adressé aux autorités que Léon XIV révèle à l’Europe, grâce à sa grande histoire de médiation entre les langues, les religions et les savoirs, d’union entre l’action historique et la lucidité de la raison morale, la vocation d«» apprécier la complexité et de l’étudier « avec une vision d’avenir. Une tâche qui implique de surmonter les polarisations grâce au discernement, » d’apprendre à avancer aux côtés de l’autre, à grandir ensemble », de rejeter les fantômes, les ennemis et les préjugés, les enthousiasmes naïfs et les peurs stériles, et de favoriser la pensée critique et la recherche du bien commun.

L'Espagne formule sa contribution en se référant aux saints qui ont cultivé une « mystique les yeux ouverts » : saint Jean de la Croix, avec son cheminement des nuits obscures vers la lumière ; sainte Thérèse d'Avila, avec le parcours du « château intérieur » menant au cœur même de l’être, pour découvrir comment l’univers devient un foyer ; saint Ignace de Loyola, qui mettait l’accent sur le discernement. Aujourd’hui encore, l’éternité peut imprégner la vie quotidienne, en unissant, dans la quête de la sainteté, la prière et l'engagement social. 

Dans la capitale, Léon XIV s'est présenté devant le Parlement comme le serviteur de la personne humaine et le défenseur de sa dignité. Il a rappelé qu’une société juste se mesure à sa capacité à protéger la vie dans sa plus grande fragilité : « de sa conception jusqu’à son déclin naturel ». Il a averti que la loi perd son sens si elle devient une marchandise ou si elle ignore ceux qui n’ont pas la force de se faire entendre. Il a défendu la famille et la liberté de choisir le type d'éducation de ses enfants. 

Dans le domaine ecclésial, la rencontre au stade Santiago Bernabéu a été qualifiée par le Pape de « superbe but de l’Église de Madrid ». C’est là qu’il a présenté l’un de ses principes théologiques fondamentaux : l’Église comme une « famille qui apprend l’art de la polyphonie », où l’unité n’est pas synonyme d’uniformité, mais une harmonie qui valorise la diversité des charismes et les relations entre les « personnes de chair et d’os ». Il a rendu hommage aux bénévoles, qui incarnent le « levain de la gratuité ». Dans une société tentée par le profit, Léon XIV a défendu le don désintéressé comme la marque distinctive de la « cité de Dieu » qui doit imprégner la vie publique.

La phase catalane s'est concentrée sur la voie de la beauté comme moyen d'évangélisation. Dans la basilique de la Sainte Famille, le pape Léon XIV a décrit le temple de Gaudí comme une « œuvre en cours de construction » qui symbolise la vie chrétienne elle-même : un projet inachevé qui requiert la coopération de tous en tant que « pierres vivantes ». Il a affirmé que l’art et la beauté sont « d’éminents vecteurs d’évangélisation » à cette époque où l’image occupe une place prépondérante.

À l’abbaye de Montserrat, le message s’est orienté vers la réconciliation intérieure. En contemplant la Vierge à l’Enfant, Léon XIV a exhorté les fidèles à « déposer les armures » du jugement, de la critique et de l’agressivité. Il a proposé la « force désarmée et désarmante de l’amour » comme la seule capable de panser les blessures causées par l’injustice et la division. 

Le point culminant du voyage, en raison de sa portée prophétique, a été la visite aux îles Canaries. Au cœur des routes migratoires, le pape Léon XIV a défini cet archipel comme un « lieu où le Ressuscité se manifeste » à travers l’accueil. Il a affirmé avec force qu«» aucun être humain n’est une île » et que le secret du cœur réside dans l’appel à la rencontre.

Face au drame des « cayucos », le successeur de Pierre, Léon XIV, a sévèrement dénoncé ceux qui « spéculent sur le désespoir » et transforment la souffrance d’autrui en source de profit, les avertissant qu’ils devront répondre de leurs actes devant la justice divine. Aux migrants, il a assuré : « Votre vie n’est pas un déchet, votre dignité ne s’est pas dissoute dans les eaux. ».

Une grande leçon tirée des Canaries pour l’Église universelle a été l’invitation à se laisser évangéliser par les petits et les pauvres. Le Pape a demandé aux catholiques que l’intégration ne soit pas seulement une tâche sociale, mais une rencontre spirituelle où l’on reconnaisse la « sagesse mystérieuse de Dieu inscrite dans la chair » de ceux qui souffrent.

Tout au long de sa visite, Léon XIV a manifesté une prédilection particulière pour les personnes oubliées. Aux détenus de la prison de Brians 1 (Barcelone), puis dans ses messages, il a insisté sur le fait que « les erreurs de la vie ne déterminent pas l’identité » et que le passé ne doit pas condamner l’avenir. Dans les hôpitaux et auprès des personnes âgées, il a proposé en quelque sorte une « leçon de fragilité », où la vieillesse et la maladie nous rappellent notre dépendance mutuelle et notre besoin de Dieu. 

Au moment de prendre congé au port de Santa Cruz de Tenerife, et en évoquant le cœur du Christ, qui est le cœur de l’Évangile, Léon XIV a appelé à ouvrir à tous « cette mer d’amour ». Il a répété la devise « Levez les yeux ! », en direction précisément du Crucifié, qui est la source du pardon, de la réconciliation et de la paix.

La visite du pape Léon XIV Il encourage les jeunes à toujours rechercher la vérité, en rejetant toute autre voie : « Si cela vous éloigne de Dieu, ce n’est pas la vérité ! ». Il les met au défi d’être les acteurs du changement social, en tant qu«» étincelle d’une humanité nouvelle », capables de changer le cours de l’histoire par l’amour. 


Ramiro Pellitero
Professeur à la Faculté de théologie de l'Université de Navarre

(Publié dans « Religión confidencial », le 17 juin 2026)


Levez les yeux

En juin dernier, cette invitation a fait le tour de trois villes espagnoles, autour de trois thèmes : la beauté, l’accueil et l’unité. À Barcelone, la beauté de la Sagrada Familia, que Gaudí a érigée comme une prière de pierre, a montré que la beauté est un chemin supplémentaire pour parvenir à Dieu. Aux Canaries, l’accueil s’est tourné vers le plus vulnérable de nos frères, à la recherche du Christ dans le regard et dans les mains des autres. À Madrid, l’unité s’est présentée comme un signe de communion et un ferment pour un monde réconcilié. Trois villes, trois gestes, un seul mouvement : lever les yeux.

Le pape Léon XIV nous a appelés à nous lever. Saint Josémaria avait indiqué, près de cent ans auparavant, vers quoi tourner notre regard. Et le Christ ressuscité, du haut de la Croix et depuis le tabernacle, a continué à tout attirer vers lui.

L'héritage spirituel du voyage de Léon XIV

L'appel de Léon XIV La volonté de former des personnes capables de dialoguer, de discerner et de servir le bien commun trouve un écho particulier dans la mission de la Fondation CARF. Depuis des décennies, cette institution soutient la formation de prêtres, de séminaristes et de religieux du monde entier grâce à des bourses d’études à l’Université de Navarre et à l’Université pontificale de la Sainte-Croix (Rome).

L'objectif est qu'ils retournent dans leurs diocèses dotés d'une solide formation humaine, intellectuelle et spirituelle leur permettant de relever les défis pastoraux de leurs pays. Dans un contexte marqué par la polarisation et la recherche de repères, la formation de ceux qui sont appelés à servir l’Église constitue une contribution concrète à la culture de la rencontre, au dialogue et à la promotion de la dignité de chaque personne, valeurs que Léon XIV a soulignées à maintes reprises au cours de sa visite apostolique en Espagne.